Célibat, mode d’emploi

Je suis toujours en difficulté pour accompagner les femmes célibataires qui sont dans une profonde loyauté familiale. Leur résistance est beaucoup plus grande que chez les autres, comme s’il y avait un enjeu de vie ou de mort.

Le cerveau qui bugge

Quand on dévoile quelque chose de profond sur elles ou sur leur famille d’origine, elles ne peuvent pas entendre. Comme si leur disque dur effaçait automatiquement ce qui leur était dit.

Par exemple, je leur parle de leur résistance et comment je les vois avoir choisi volontairement un homme indisponible, que cela arrive par loyauté familiale… Une minute après, elles ne savent plus sur quoi nous venons de travailler : “Mais Luciane, comment faire pour que ma relation avec lui puisse marcher ?”

La vérité sur leur fonctionnement n’a pas de place pour être accueillie, comme si leur cerveau buggait lorsqu’il s’agit de changer de point de vue. Elles sont dans une incapacité à entendre. Et cela, par loyauté.

Elles sont en colère contre moi

Toute hypothèse qui les confronterait à leur complicité malsaine avec leur famille d’origine les met en colère. Hélas, ce n’est pas la bonne et saine colère contre ceux qui leur ont fait du mal, mais une colère orientée vers moi qui leur ouvre les yeux ou vers elles-mêmes, pour être dans autant d’impuissance.

La première fois que j’ai entendu parler de ma résistance et qu’une thérapeute a osé me dire que je pouvais faire autrement si je voulais, je l’ai mal pris. Je l’ai entendu comme du jugement, comme une accusation. Je me suis sentie très mal, je suis partie déboussolée. Pour rentrer chez moi, j’ai pris le métro trois fois de suite dans le mauvais sens, j’étais littéralement perdue. Intérieurement aussi. Je ne pouvais pas croire que j’étais complice de ma situation, de mon choix de choisir des hommes qui ne sont pas disponibles pour se marier.

Que je faisais comme les personnes de ma famille, tout simplement. Cela avait l’air un peu trop simple et révolutionnaire à la fois. J’ai senti de la stupéfaction, puis de la colère et enfin, comme j’écrivais souvent, j’ai attrapé mon stylo et j’ai pu prendre du recul.

Au rendez-vous suivant, j’ai profité d’un travail émotionnel pour crier et dire :

“C’est ma vie, c’est moi qui décide !”

J’ai aussi passé une après-midi à en parler avec amie proche et j’ai à nouveau beaucoup crié et tapé des pieds. C’était le moyen le plus rapide pour me connecter avec ma colère et me déterminer à sortir définitivement de ma résistance.

Moi, dans une loyauté familiale ?

Je suis dans la loyauté à ma famille d’origine quand les messages conscients et inconscients reçus dans mon enfance sont tellement forts que je suis incapable aujourd’hui de faire autrement que de les écouter et de les suivre.

Je reste loyale pour ne pas risquer d’être exclue du clan et d’être encore plus seule que je ne me sens déjà.

La loyauté s’exprime aussi sous forme de culpabilité. Même si j’ai beaucoup souffert sans reconnaissance parentale, mes parents m’ont beaucoup donné. Et je me sens très redevable.

Avouer…

  • que ma mère durant mon enfance a eu des comportements de folie, privée de son jugement d’adulte…
  • ou que mes parents ont souhaité pour moi que je reste célibataire pour être leur bâton de vieillesse…
  • que dans ma famille d’origine toutes les femmes sont malheureuses en amour et que je ne peux pas espérer mieux…
  • que je me dois de vivre des histoires qui ne tiennent pas, que je ne vais rien construire de solide…
  • que ma mère désire profondément que je reste sa petite fille et que j’en viens à être incapable de vivre en femme adulte, que je suis toujours un peu enfant, un peu asexuée, ou garçon manqué, négligée…

… est impossible.

Pourtant, j’aimerais tellement avoir une baguette magique.

Pourquoi une bonne fée ne vient pas pour changer ma vie malheureuse en vie de princesse, comme dans Cendrillon ?

Comment faire pour construire ma vie de rêve et ne pas avoir à travailler tout ça ? à remettre en question ce que j’ai vécu ? à aller fouiller dans des endroits où je ne veux pas aller ?

Y a-t-il une formule magique ? Qui peut venir à mon secours ?

Au final, il n’y a qu’une réponse : MOI.

Oui, je suis la seule personne qui peut vraiment changer cette vie de chagrin, de colère et de peurs en une vie meilleure.

Je suis la seule qui peut prendre en charge mes émotions cumulées et les décharger une fois pour toutes.

Je suis la seule qui peut réunir toute la force que j’ai en moi et, comme une lionne, décider enfin d’être déloyale.

J’ai eu ce moment décisif, alors que j’étais bien partie pour suivre le chemin tout tracé de ma famille d’origine, où j’ai crié si fort que je n’allais pas répéter la même destinée que toutes les femmes malheureuses de mon arbre généalogique !

S’ajoute la dépendance affective

À la loyauté s’ajoutent les symptômes de la dépendance affective : incapacité à dire non, honte, réactions excessives, difficulté à connaître mes besoins, ignorance complète de qui je suis vraiment, contrôle…

Le rôle de victime et toutes les casseroles que j’ai accumulées depuis ma petite enfance sont aussi au rendez-vous.

Et je peux me prendre en flagrant délit de penser : “Puisque je suis quelqu’un de bien, forcément les choses vont bien se passer.”

À l’époque où j’étais très passive, je voyais les personnes se marier autour de moi et à chaque fois, je me faisais ce petit film : “Forcément, les choses vont finir par arriver pour moi aussi.”

Je restais dans cette illusion que j’allais avoir une autre vie, que j’allais me marier… sans changer ! … sans avoir à me mouiller, à arrêter de contrôler les autres, à devenir adulte.

Ah, la culpabilité !

Parfois, aujourd’hui encore, je me réveille le matin et j’ai la tentation de me sentir à nouveau coupable d’aller bien, d’avoir le mari de mes rêves et deux filles pleines de vie, alors que bien d’autres femmes que je connais ne connaissent pas encore cette joie ou ne la connaîtront peut-être jamais.

Alors vite, je ferme cette porte de la culpabilité, sentiment familier dans mon passé, et je fais mémoire de tous les combats que j’ai menés pour arriver à la vie qui est la mienne aujourd’hui.

Me redire que chacune de ces femmes peut en faire autant m’aide à moins vouloir les “sauver” en cherchant à les contrôler.

Du coup, comment avancer ?

Il y a une ouverture pour un changement salutaire en allant du côté de la petite fille blessée que j’ai été. Je vais commencer à réparer le cœur profondément blessé de la petite fille sensible que je porte en moi. Et je peux me faire accompagner pour cela.

Mes larmes, je les ai déjà oubliées.

Ma colère a cédé la place à la paix intérieure.

Ma révolte a cédé la place à la joie de vivre ma vie.

J’ai beaucoup pleuré, beaucoup crié dans un coussin, beaucoup écrit. J’ai investi temps et argent pour changer de vie. Ma vie n’est pas le fruit de la chance ou du hasard, mais bien celui d’un travail de longue haleine et de ma propre persévérance.

Mon mot pour la fin

Si tu n’as pas réussi, c’est que tu n’as pas encore terminé ton travail.

Tu n’as pas le droit de jeter l’éponge.

Tu n’as pas le droit de te désister.

Si tu n’as pas réussi à avoir la vie que tu veux, cela veut dire que tu n’as pas fini de travailler sur toi.

Il n’y a pas d’échec.

Arrête de croire que ce que tu désires, ce n’est pas pour toi, que ça ne serait réservé qu’à certaines.

De toute façon, voici la seule chose que tu as à faire de toute ton existence :

investir ta vie.

Alors autant t’y mettre tout de suite !

Faire autre chose ou te résigner à avoir moins que ce que tu veux, c’est de la “covardia” comme diraient les Brésiliens ! Un manque de courage.

Allez zou ! En route, Simone !

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